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Face à l’avancée d’incendies dévastateurs, l’Espagne déclare l’état d’urgence national

31 juillet 2026
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Cet été, les incendies ont mis à rude épreuve les systèmes espagnols de préparation et d’intervention d’urgence, qui ont dû faire face à l’une de leurs plus grandes épreuves à ce jour. Fin juillet, selon Copernicus, le programme de l’Union européenne pour l’observation de la Terre, quelque 120 000 hectares avaient brûlé sur le territoire du pays. Le 24 juillet, plusieurs grands incendies qui faisaient rage simultanément ont menacé la périphérie de Madrid, ce qui a conduit l’Espagne à déclarer, pour la toute première fois, un état d’urgence national lié à des incendies. Alors que des milliers de personnes étaient évacuées de villes et de villages, la région a demandé que les opérations de secours soient placées sous l’autorité directe du ministre de l’Intérieur, une décision qui reflète l’ampleur et l’intensité de la situation.

Angela Iglesias Rodrigo est directrice du Service de lutte contre les incendies au sein du ministère de la Transition écologique et du Développement rural. Avec son équipe, elle est chargée de déployer des moyens de l’État lorsque les incendies dépassent les capacités locales ou régionales. Elle décrit la violence sans précédent des incendies et explique comment l’Espagne a réagi face à cette menace grandissante.

De grands incendies

Des pompiers s'efforcent de maîtriser un incendie de forêt.

Photo : UME-OCP

Chaque année, l’Espagne est touchée par de nombreux incendies. « Les régions disposent de toutes les compétences en matière de préparation, de prévention, d’intervention et de restauration », explique Angela. « Jusqu’à 60 % des incendies couvrent une superficie inférieure à 1 hectare. La région est donc parfaitement en mesure de faire face à un incendie de cette ampleur. Si l’incendie prend de l’ampleur ou devient plus complexe, ou si la région est touchée simultanément par plusieurs incendies, elle sollicite l’aide de l’État par l’intermédiaire du ministère de la Transition écologique. »

Chaque année, l’Espagne est touchée par de nombreux incendies. « Les régions disposent de toutes les compétences en matière de préparation, de prévention, d’intervention et de restauration », explique Angela. « Jusqu’à 60 % des incendies couvrent une superficie inférieure à 1 hectare. La région est donc parfaitement en mesure de faire face à un incendie de cette ampleur. Si l’incendie prend de l’ampleur ou devient plus complexe, ou si la région est touchée simultanément par plusieurs incendies, elle sollicite l’aide de l’État par l’intermédiaire du ministère de la Transition écologique. »

Il est toutefois préoccupant de constater qu’en Espagne, ces dernières années, les grands incendies ont pris une ampleur plus importante encore. « Les grands incendies sont ceux qui touchent plus de 500 hectares. Au cours de l’année écoulée, nous avons largement dépassé la moyenne de ces grands incendies. L’année dernière, par exemple, nous en avons eu 63, alors que la moyenne est de 23 », dit Angela. « Et le problème avec ces grands incendies de plus de 500 hectares, c’est que, ces dernières années, ce ne sont pas des grands incendies parce qu’ils couvrent 600 hectares, mais parce qu’ils s’étendent sur 70 000 hectares, comme ce dernier. »

« L’énergie est si intense »

En règle générale, lorsque le ministère déploie des ressources supplémentaires, telles que du personnel et du matériel, les chefs régionaux des pompiers continuent de diriger les opérations. Ce n’est que dans des situations exceptionnelles, telles que la récente situation d’urgence de niveau 3, que le contrôle opérationnel est transféré aux autorités nationales et qu’un soutien militaire est mobilisé par le biais du système de protection civile.

Angela explique pourquoi les incendies qui ont conduit à la déclaration de l’état d’urgence national n’ont pas pu être maîtrisés. « Si les flammes atteignent 40 mètres de haut et qu’on les arrose depuis un avion ou un hélicoptère, l’eau s’évapore avant même de toucher le sol, ce qui rend l’opération inutile. Aussi gros que soit votre avion, aussi gros que soit votre hélicoptère. De plus, il est impossible pour les forces terrestres d’atteindre le front de l’incendie, car l’énergie dégagée est si intense qu’il est impossible de s’en approcher. Il faut rester vraiment loin du feu, ce qui rend toute attaque directe impossible. »

La seule solution a été d’attendre que l’intensité de l’incendie diminue, tout en évacuant toutes les personnes présentes dans la zone afin d’éviter tout blessé. « Tout ce qu’on peut faire, c’est protéger la population et les infrastructures, mais il est impossible d’éteindre l’incendie », dit Angela.

L’impact émotionnel que provoque le spectacle de ces incendies inextinguibles est énorme, en particulier pour les pompiers originaires des zones touchées. « Certains d’entre eux luttent contre les incendies dans le village où ils vivent. C’est donc aussi très difficile pour eux d’un point de vue émotionnel, car ce n’est pas n’importe quel incendie qu’ils éteignent : c’est un incendie qui fait du tort aux gens qu’ils connaissent, à leur pays, à leur famille et à leurs biens. »

Au-delà de la réaction

Photo : UME-OCP

Pour Angela, il faut tirer une leçon entre toutes : la préparation aux incendies ne doit pas se limiter à la simple intervention d’urgence – loin s’en faut. Le changement climatique est l’un des facteurs à l’origine de l’aggravation des incendies en milieu naturel, mais l’exode rural, le recul de la gestion forestière et le manque de conscientisation du public aux risques d’incendie jouent également un rôle.

« Ce ne sont pas seulement les pompiers que nous devons préparer, mais aussi la société », déclare-t-elle.

Cela implique de renforcer la résilience avant même que les flammes n’apparaissent : gérer plus efficacement les forêts, protéger les villages et leurs alentours, et aider les communautés locales à comprendre comment réagir face à une menace d’incendie. Angela estime que de nombreux pays continuent de mettre trop l’accent sur les mesures de réaction – dont l’acquisition d’avions plus grands – alors que la véritable leçon à tirer va bien au-delà. « En Espagne, nous disposons de lignes directrices stratégiques en matière de gestion des incendies. Il existe de très nombreuses recommandations concernant les incendies, et peut-être seulement une poignée d’entre elles portent sur la réaction. »

Faire la différence

Cet été a été éprouvant pour Angela et ses collègues. Elle évoque de longues journées, de 15 heures parfois, mais aussi la satisfaction de voir que leurs efforts font la différence. La pression qui pèse sur les intervenants est à la fois physique et émotionnelle. Les pompiers sont formés pour répondre aux exigences de leur métier grâce à un entraînement physique régulier et à des exercices pratiques, ainsi qu’à des formations sur la gestion du stress, le leadership et l’accompagnement des populations sinistrées. Après des événements exceptionnels, il est possible de bénéficier d’un encadrement psychologique. Son message de remerciement à l’intention de ceux qui sont en première ligne exhorte à la prudence. « En Espagne, nous avons pris conscience que, parfois, nous envoyons des gens sur le terrain pour protéger la forêt. La forêt peut repousser, mais les gens, s’ils ont un accident, ne reviennent pas. Alors, soyez prêts, faites preuve de professionnalisme, formez-vous et merci. »

Après plus de 26 ans dans la gestion des incendies, Angela sait que le professionnalisme, c’est aussi savoir quand faire une pause. « À un moment donné, il faut savoir s’arrêter, sinon on ne sert plus à rien », dit-elle. Elle veillera à faire une pause et à revenir en pleine forme pour ce qui pourrait encore être un long été. « Dès ce mois de juillet, nous avions enregistré bien plus d’incendies qu’il n’aurait dû y en avoir jusque-là dans l’année. Nous sommes encore dans la première moitié de l’été, et généralement, en Espagne, il n’y a pas autant d’incendies en juillet. Cette année, le mois de juillet est vraiment catastrophique, et nous ne savons pas comment sera le mois d’août. »

Ce que vit l’Espagne nous rappelle que la préparation aux grands incendies relève de plus en plus de la santé publique et de la sécurité sanitaire, tout autant que de la gestion des situations d’urgence. Alors que la chaleur, la sécheresse et les risques d’incendie s’intensifient dans toute l’Europe, le message est clair : préparer les terres, préparer les communautés locales et protéger ceux qui protègent autrui.

L’OMS/Europe collabore avec les pays pour évaluer les risques et se préparer à réagir aux situations d’urgence. Elle a également élaboré un ensemble de recommandations et de ressources destinées au secteur de la santé, comprenant des outils et de la documentation visant à protéger la population contre la fumée et la chaleur extrême, ainsi qu’à renforcer la résilience des services et des établissements de santé face aux incendies et aux vagues de chaleur.